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surpris ces observateurs superficiels, avait été le caractère international de la Révolution de 1789, et la simultanéité des mouvements qu’elle avait engendrés. Ils opposèrent son action générale à l’action locale des révolutions précédentes, qui n’avaient agité — ainsi en Angleterre — que les pays dans lesquels elles étaient nées et, pour expliquer cette différence, ils attribuèrent l’œuvre des siècles à une association européenne, ayant des représentants au milieu de toutes les nations, plutôt que d’admettre qu’un même stade de civilisation, et de semblables causes intellectuelles, sociales, morales et économiques avaient pu produire simultanément les mêmes effets. Les membres mêmes de ces loges, de ces sociétés, contribuèrent à répandre cette croyance[1]. Ils exagèrent eux aussi leur importance et ils affirmèrent que non seulement ils avaient, au dix-huitième siècle, travaillé aux changements qui se préparaient, ce qui était la vérité, mais encore ils prétendirent qu’ils en étaient les lointains initiateurs. Ici cependant n’est pas le lieu de discuter cette question ; il nous suffit d’avoir constaté l’existence de ces théories : nous allons montrer comment elles vinrent en aide aux antisémites chrétiens.

Les premiers écrivains qui exposèrent ces idées se bornèrent à constater l’existence d’« une nation particulière qui a pris naissance et s’est agrandie dans les ténèbres, au milieu de toutes les nations civilisées,

  1. Louis Blanc : Histoire de la Révolution Française, t. II, p. 74.