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y cherchait des arguments pour soutenir la divinité de Jésus-Christ ; désormais les ennemis du livre le poursuivent surtout comme œuvre antisociale, pernicieuse et destructive. D’après eux, le Talmud fait du Juif l’ennemi de toutes les nations, mais si quelques-uns, comme des Mousseaux et Chiarini, sont avant tout poussés, comme les théologiens d’antan, par le désir de ramener Israël dans le giron de l’Église[1], d’autres, comme le docteur Rohling[2], sont plutôt disposés à le supprimer, et le déclarent incapable de servir jamais au bien. Au contraire, car non seulement disent-ils, ses doctrines sont incompatibles avec les principes de gouvernements chrétiens, mais encore il cherche à ruiner ces gouvernements pour en tirer profit.

On conçoit qu’après les bouleversements produits par la Révolution française, les conservateurs aient été appelés à rendre les Juifs responsables de la destruction de l’ancien régime. Lorsque, la tempête passée, ils jetèrent un coup d’œil autour d’eux, une des choses qui dut le plus les surprendre fut assurément la situation du Juif. Hier le Juif n’était rien, il n’avait

  1. Ce souci du rôle futur des Juifs est exprimé par un livre singulier de M. Léon Bloy : Le salut par les Juifs (Paris, 1892). Dans le volume de documents et de notes qu’il a écrit à la suite de l’ouvrage de Dom Deschamps sur les Sociétés secrètes, M. Claudio Jannet émet cet opinion que les Juifs sont destinés sans doute à ramener le monde à Dieu. C’est tout à fait la vieille croyance théologique.
  2. A. Rohling : Le Juif selon le Talmud, Paris, 1888, traduit de l’allemand.