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tisme métaphysique, antisémitisme révolutionnaire et antichrétien.

C’est la permanence des préjugés religieux qui généra l’antisémitisme christiano-social. Si les Juifs n’avaient pas changé en entrant dans la société, les sentiments qu’on éprouvait à leur égard depuis de si longues années n’auraient pu non plus disparaître. Les Israélites avaient dû leur émancipation à un mouvement philosophique coïncidant avec un mouvement économique et non à l’abolition des préventions séculaires dont on était animé contre eux. Ceux qui estimaient que le seul état possible était l’état chrétien voyaient de mauvais œil l’intrusion des Juifs, et la première manifestation de cette hostilité fut l’anti-talmudisme. On s’attaqua à ce qui était regardé, à juste titre, comme la forteresse religieuse des Juifs, au Talmud, et une légion de polémistes s’appliqua à montrer combien les doctrines talmudiques s’opposaient aux doctrines évangéliques. On releva contre le livre tous les griefs des controversistes d’antan, ceux qu’avaient énumérés les Juifs apostats dans les colloques, et qu’avait reproduits Raymond Martin, au XIIIe siècle, ceux de Pfefferkorn et ceux plus tard d’Eisenmenger. On ne changea même pas le procédé, même pas la facture ; on se servit des mêmes moules, on suivit, en écrivant des pamphlets, les mêmes traditions que les dominicains inquisitoriaux, et dans l’étude de la « mer » talmudique on n’apporta pas plus de sens critique. Du reste, les antisémites chrétiens de notre temps ont du Juif, de ses dogmes et