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question nationale et la question religieuse ne font qu’une en Russie, le tzar étant à la fois chef temporel et chef spirituel, César et Pape ; mais on donne plus d’importance à la foi qu’à la race, et la preuve c’est que tout Juif qui consent à se convertir n’est point expulsé. Au contraire, on encourage le Juif à venir à l’orthodoxie. Tout enfant israélite, dès quatorze ans, peut abjurer contre le gré de ses parents : un converti marié se trouve dégagé des liens qui l’unissent à sa femme et à ses enfants, une convertie rompt par le fait de sa conversion les engagements matrimoniaux, mais les conjoints non convertis sont toujours considérés comme mariés. Enfin les convertis adultes reçoivent lors de leur abjuration une somme de quinze à trente roubles, et les convertis enfants une somme de sept à quinze roubles. Pour engager encore les Juifs à venir à la religion grecque, on supprime les écoles rabbiniques ; on restreint le nombre des synagogues — la synagogue de Moscou fut fermée en 1892 comme chose indécente; — on défend même aux Juifs de se réunir pour prier. Que deviennent dès lors les griefs des antisémites contre les Juifs puisqu’ils consentent à garder chez eux ces Juifs devenus chrétiens, en sachant parfaitement que le christianisme ne fera pas renoncer à leur rôle social ceux d’entre eux qui ne sont pas artisans, mais intermédiaires et capitalistes[1].

  1. Je n’ai pu qu’indiquer à grands traits l’antisémitisme roumain et l’antisémitisme russe. Il faudrait, pour les étudier complètement, plus que ces quelques pages, dans lesquelles il m’a été