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doxie grecque[1]. Toutefois la persécution fut plus active contre les Juifs, car on n’avait pas à garder vis-à-vis d’eux les ménagements diplomatiques auxquels on était tenu vis-à-vis des catholiques, des luthériens ou des Allemands. On eût massacré les catholiques russes, l’Europe entière se fût levée ; on put impunément tuer les Juifs. D’ailleurs, et pour les mêmes raisons que les Juifs roumains, les Juifs russes se distinguent du reste de la population par leurs mœurs, leurs coutumes et leur éducation — sauf la minorité éclairée, très intelligente, des jeunes Juifs qui se précipitaient dans les universités avant que les portes ne leur en fussent fermées. — Ils ont une organisation intérieure, celle du Kahal, qui leur donne une sorte d’autonomie, et il est plus facile de les dénoncer comme un danger, au grand profit des institutions établies et aussi des capitalistes orthodoxes qui échappent ainsi aux colères populaires dont l’explosion est toujours à redouter.

On a souvent nié que l’antisémitisme officiel eût une origine religieuse ; cela n’est cependant pas niable, et les Russes feraient encore bon marché peut-être du panslavisme, pour arriver à l’unité religieuse, unité qui leur parait — du moins à quelques-uns — indispensable pour avoir l’unité de l’État. La

  1. C’est ce qu’il y a de fort étrange dans l’approbation que quelques antisémites religieux en France et en Allemagne donnent — par chauvinisme, ou par passion — aux actes du gouvernement du Tzar. En approuvant les persécutions tzariennes contre les Juifs, ils approuvent implicitement celles contre les catholiques ou les luthériens qui leur sont si chers.