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clut dans un sens fort libéral : elle demandait à ce que certains droits civils fussent accordés aux Juifs. Grâce à l’influence de M. Pobedonostsef, procureur du Saint-Synode, le rapport de la commission Pahlen resta lettre morte et les lois de mai furent appliquées. Depuis ce moment, et surtout à partir de 1890, les persécutions ont redoublé. On a restreint le Territoire en défendant aux Juifs l’entrée de certaines places fortes, et en créant une zone frontière que les Juifs ne peuvent habiter ; on a abrogé l’ukase de 1865 par lequel Alexandre II autorisait les artisans « habiles » à élire domicile dans tout l’empire. Ainsi a-t-on refoulé dans les villes du territoire environ trois millions de Juifs, tandis qu’un million est répandu en Pologne et 500.000 privilégiés, commerçants de premier guilde, financiers et étudiants par toute la Russie.

Dans les villes du Territoire, les Juifs sont en majorité, et leurs conditions d’existence sont effroyables. Entassés dans des demeures malsaines, où ils vivent en la pire des pauvretés, ravagés par une misère auprès de laquelle la misère que l’on trouve à Paris, à Berlin et à Londres est de la prospérité ; réduits au chômage pendant une partie de l’année, ne trouvant du travail pendant l’autre partie qu’à la condition de se contenter de salaires dérisoires, salaires dont le taux s’est tellement abaissé qu’il est tombé à 0,40 et 0,50 par jour, se multipliant sans cesse à cause de leur dénuement même, ces malheureux agonisent lentement et sont voués à tous les choléras, à tous les