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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/219

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à ce grand mouvement qui agita toute l’Europe ; en certains pays, notamment en Allemagne, ils aidèrent à le préparer, et ils furent les défenseurs de la liberté. Ils furent aussi parmi les premiers à en bénéficier, car on peut dire qu’après 1848 l’antijudaïsme légal est fini en Occident ; peu à peu les dernières entraves tombent, et les dernières restrictions sont abolies. En 1870, la chute du pouvoir temporel des papes fit disparaître le dernier ghetto occidental, et les Juifs purent être des citoyens même dans la ville de saint Pierre.

Dès lors, l’antijudaïsme se transforma, il devint purement littéraire, il ne fut plus qu’une opinion, et cette opinion n’eut plus son contrecoup sur les lois ; mais avant d’examiner cet antisémitisme scripturaire du XIXe siècle, antisémitisme qui jusqu’en 1870 coexista avec une réglementation restrictive, en certains pays, il nous faut parler des États chrétiens de l’Europe orientale où l’antijudaïsme est encore de nos jours légal et persécuteur, c’est-à-dire de la Roumanie et de la Russie.

Les Juifs établis en Roumanie[1], c’est-à-dire dans les pays moldovalaques, depuis le seizième siècle, ne vinrent en masse qu’aux débuts de ce siècle, et par suite de l’émigration hongroise et russe, ils sont désormais au nombre de trois cent mille. Durant de fort longues années, ils vécu-

  1. Desjardins : Les Juifs de Moldavie (Paris, 1867). — Isidore Loeb : La situation des Israélites en Turquie, en Serbie et en Roumanie (Paris, 1877).