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Juifs restèrent ce qu’ils étaient — je parle bien entendu de la majorité, — des improductifs, c’est-à-dire des brocanteurs, des prêteurs d’argent, des usuriers, et ils ne purent pas être autre chose, étant données leurs habitudes, et les conditions dans lesquelles ils avaient vécu. Si nous négligeons une infime minorité d’entre eux, ils n’avaient pas d’autres aptitudes, et encore de nos jours une quantité considérable de Juifs se trouvent dans le même état ; ces aptitudes, ils ne manquèrent pas de les appliquer, et ils en trouvèrent plus que jamais l’occasion pendant cette période de trouble et de désordre. En France ils profitèrent des événements, et les événements leur furent très favorables. Ils furent en Alsace, par exemple, les auxiliaires des paysans à qui ils prêtèrent à gros intérêts les capitaux nécessaires à l’acquisition des biens nationaux. Avant la révolution ils étaient déjà dans cette province les usuriers naturels, ceux qui étaient chargés de la haine et du mépris[1] ; après la révolution, ces mêmes paysans qui jadis fabriquaient de fausses quittances[2] pour échapper aux griffes de leurs créanciers, firent appel à eux. Grâce aux Juifs

  1. Il faut remarquer que, comme au Moyen Age, les Juifs d’Alsace étaient les prête-noms et les intermédiaires d’usuriers chrétiens (voir Halphen : Recueils des lois et décrets concernant les Israélites. Paris, 1851, et la Pétition des Juifs établis en France adressée à l’Assemblée nationale le 28 janvier 1790.).
  2. Sur les Juifs d’Alsace avant et après la Révolution voir Grégoire, Essai sur la Régénération des Juifs. — Dohm : De la réforme politique des Juifs. — Paul Fauchille : La Question juive en France sous le premier Empire. (Paris, 1884).