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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/209

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servé qu’un idéalisme mystique, qui se conciliait tant bien que mal avec un rationalisme libéral. C’est à Berlin surtout, ville jeune et centre d’un royaume qui naissait à la gloire, cité plus facile, moins traditionnelle, que s’opéra la fusion entre ce groupe de Juifs et cette élite que Lessing conduisait. Chez Henriette de Lemos, chez Rachel de Varnhagen, fréquentait la jeune Allemagne ; le romantisme allemand achevait, chez ces Juives, de s’imprégner de spinozisme ; Schleiermacher et Humboldt s’y montraient et l’on peut dire que si ce fut l’Assemblée constituante qui décréta l’émancipation des Juifs, c’est en Allemagne qu’elle fut préparée.

Toutefois, le nombre de ces Juifs propres à entrer dans les nations était extrêmement restreint, d’autant que la plupart finissaient — comme les filles de Mendelsohn, comme plus tard Boerne et Heine — par se convertir, et n’existaient plus en tant qu’Israélites. Quant à la masse juive, elle se trouvait dans des conditions bien différentes.

Le décret de 1791 libérait tous ces parias d’une séculaire servitude ; il rompait tous les liens dont les lois les avaient chargés ; il les arrachait aux ghettos de toute sorte où ils étaient emprisonnés ; de bétail qu’ils étaient, il en faisait des hommes. Mais s’il pouvait ainsi les rendre à la liberté, s’il lui était possible d’abolir en un jour l’œuvre législative des siècles, il ne pouvait défaire leur œuvre morale, et il était surtout impuissant à briser les chaînes que les Juifs eux-mêmes s’étaient forgées. Les Juifs étaient éman-