Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/189

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Luna, qui fut plus tard l’anti-pape Benoît XIII. On en pourrait citer bien d’autres, toutes montrant quelles préoccupations les Juifs donnaient à l’Église et combien leur conversion était désirée et sollicitée. Toutes ces disputes furent du reste courtoises jusqu’au moment où l’Inquisition fut établie. Les théologiens s’efforçaient d’y préparer les prêtres et les moines pour éviter que la foi catholique ne fût mise en échec, et, à cette fin, ils composaient des extraits qui étaient destinés à renseigner les défenseurs du Christ sur les erreurs reprochées au Talmud. Quelques-uns de ces guides nous ont été conservés, par exemple ces Extractiones Talmut que fit rédiger Eudes de Châteauroux après l’autodafé de 1242, et ces Censura et Confutatio libri Talmut[1], ouvrage composé par Antoine d’Avila et un prieur du couvent de la Sainte-Croix de Ségovie et adressé à Thomas de Torquemada. Tous ces manuels furent mis entre les mains des inquisiteurs d’Espagne et servirent à instruire les procès des Marranes et des Juifs.

Mais, à côté du Juif considéré comme l’ennemi de Jésus, l’adversaire du christianisme, il y avait le Juif usurier, le manieur d’argent, celui sur lequel tombait une partie des haines de l’opprimé et du pauvre, celui que la bourgeoisie naissante commençait à envier et à haïr. J’ai montre ce Juif-là à l’œuvre, comment il en arriva à l’exclusive recherche de l’or, et comment, victime expiatoire, bouc émissaire

  1. Ms. 351 du fonds espagnol de la Bibliothèque Nationale (voir Loeb, Revue des Études juives. t. XVIII).