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le reçut en audience, l’accueillit fort bien et le combla de présents. Mais des victoires semblables étaient exceptionnelles, car le plus souvent les livres juifs, quelle que fut l’habileté de leurs défenseurs étaient condamnés d’avance par les juges. Ainsi Josua Lorqui d’Alcanis, Juif baptisé connu sous le nom de Jérôme de Santa-Fé, médecin de l’antipape Benoît XIII, provoqua, dans le but de faire des prosélytes, un colloque à Tortose, colloque qui s’ouvrit en 1417. Jérôme s’était fait fort de démontrer, par les textes talmudiques, que le Messie était arrivé et que c’était bien Jésus. Il eut pour contradicteurs les plus fameux docteurs de l’Espagne, Don Vidal Benveniste ibn Albi, Joseph Albo, Zerayha Hallévi Saladin, Astruc Lévi de Daroque et Bonastruc de Girone. La controverse eut lieu devant l’antipape entouré de ses cardinaux ; elle dura soixante jours après lesquels nulle conversion ne s’étant produite Jérôme de Santa-Fé prononça un réquisitoire contre le Talmud dont la lecture fut interdite.

Pendant le quatorzième et le quinzième siècle, en Espagne, ces controverses se multiplièrent. C’est le converti Alphonse de Valladolid discutant à Valladolid avec ses anciens coreligionnaires ; c’est Jean de Valladolid, un converti encore, disputant avec Moïse Kohen de Tordesillas sur les preuves du dogme chrétien contenues dans l’Ancien Testament et sortant vaincu de la lutte ; c’est Schem Tob ben Isaac Schaprut controversant à Pampelune sur le péché originel et la rédemption avec le cardinal Pedro de