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Gabirol (Avicebron), et ils gardèrent l’empreinte des doctrines qu’exposaient le Guide des Égarés et la Fontaine de Vie. La curiosité fut éveillée, on voulut connaître la pensée et la dialectique juives, d’abord pour philosopher, ensuite pour lutter avec plus de profit contre les Juifs.

Le dominicain Raimond de Penafore, confesseur de Jacques Ier d’Aragon et grand convertisseur de Juifs, invita les dominicains à apprendre l’hébreu et l’arabe pour persuader mieux les Juifs et pour les mieux combattre. Il organisa des écoles pour apprendre aux moines ces deux langues et fut l’initiateur des études hébraïques et arabes en Espagne. Il créa ainsi une lignée d’apologistes qui ne se contentèrent plus de colliger les passages de l’Ancien Testament préfigurant la Trinité ou prophétisant le Messie, mais qui essayèrent de réfuter les livres rabbiniques et les assertions talmudiques.

De ce mouvement sortit une légion de traités et de démonstrations, tous boucliers, remparts, forteresses de la foi. Dans ces écrits, les Juifs étaient « égorgés avec leur propre glaive », « transpercés de leur épée », c’est-à-dire qu’on les persuadait de leur ignominie et qu’on les convainquait de mensonges en se servant de leur propre argumentation, telle que les moines la trouvaient, ou du moins croyaient la trouver dans le Talmud.

Parmi tous ces libelles théologiques, les plus connus sont ceux que publia le dominicain Raymond Martin, « homme aussi remarquable pour sa con-