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nous ne nous sommes pas spécialement préoccupés, et qu’il nous faut désormais examiner. Tandis que l’Église et les monarchies légiféraient contre les Juifs, les théologiens, les philosophes, les poètes, les historiens écrivaient sur eux. C’est cet antijudaïsme scriptuaire dont il nous reste à retracer le rôle, l’action et l’importance.

Il ne naquit pas sous les mêmes influences, des causes diverses l’engendrèrent et suivant ces causes il fut théologique ou social, dogmatique ou bien polémique. Non pas que l’on puisse classer tous les écrits antijuifs dans une de ces catégories à l’exclusion de toute autre, au contraire il en est peu qui puissent uniquement se rapporter à un de ces types, mais cependant on peut, selon leur tendance principale, les faire entrer dans un des cadres que je viens d’indiquer. L’antijudaïsme théologique seul a produit des œuvres nettement tranchées, écrites sans soucis sociaux, et encore ces œuvres, quelque caractéristiques qu’elles soient, peuvent être dogmatiques et polémiques à la fois.

L’antijudaïsme théologique, le premier en date, eut, tout naturellement, à ses débuts, des allures d’apologie ; il n’en pouvait être autrement car on ne combattait le judaïsme que pour glorifier la foi chrétienne et prouver son excellence. Comme nous l’avons dit, vers la fin du quatrième siècle on cessa de produire des écrits apologétiques ; la jeune Église, dans l’ivresse de son triomphe, pensa n’avoir plus besoin de démontrer sa supériorité, et on ne trouve