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symbolisait la synagogue — de même que chez les Israélites l’Église romaine était désignée par le nom hébreu du porc — et on le rappelait souvent aux Juifs ; un peintre raconta même un jour à Wagenseil qu’il avait peint une truie sur les vantaux de l’arche d’une synagogue qu’on l’avait chargé d’orner.

Chez les savants, chez les érudits, chez les théologiens, l’antijudaïsme devenait dogmatique et théorique. On voulait bien ramener les Juifs mais par la douceur. Il n’était plus question de brûler leurs livres, mais de les traduire. On disait que désormais la foi chrétienne était assez solidement enracinée pour qu’on pût sans danger pour les fidèles publier les œuvres juives, comme on l’avait fait pour celles des Ariens et autres hérétiques. Ainsi on connaîtrait les procédés de polémique des Israélites et on les saurait combattre efficacement.

Cette étude eut un tout autre résultat que celui qu’on en attendait. En scrutant l’esprit juif on se rapprocha d’eux, on leur devint par cela même plus sympathique. Des hommes qui s’étaient préparés à l’exégèse scientifique, comme Richard Simon par exemple, par des recherches de talmudistes et d’hébraïsants, ne pouvaient regarder avec haine ceux des-

    note 3). C’est de ce nom que Maïmonide dit « Avant la création du monde, il n’y avait que le Très saint et son nom seul » (Guide des Égarés, t. 1, ch. LXI). C’était le nom mystérieux ; on lui attribuait un pouvoir magique, et les rabbins costumés en magiciens qui étaient représentés dans les groupes dont je parle étaient sensés révéler à la truie le Nom. D’où l’appellation de Schemhamephorasch.