Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/152

Cette page a été validée par deux contributeurs.


ciens d’Italie, les humanistes d’Allemagne, vinrent d’eux ; c’est grâce à eux que Pomponazzo composa des traités contre l’immortalité de l’âme, grâce à eux encore que chez les penseurs du seizième siècle germa ce théisme qui correspondit à une décadence du catholicisme.

Animés de semblables sentiments, les hommes de cette période ne pouvaient guère s’enflammer d’une indignation religieuse contre les Juifs. D’autres préoccupations les sollicitaient d’ailleurs, et ils avaient à abattre deux autorités puissantes : la scolastique et la primauté romaine. Les luttes du siècle précédent, le schisme d’Occident, la licence des mœurs parmi les clercs, la simonie, la vente des bénéfices et des indulgences, tout cela avait affaibli l’Église et diminué la papauté. De toutes parts on se levait contre elle. On proclamait l’autorité du concile supérieure à celle du pape. On faisait des distinctions entre l’Église universelle qui est infaillible et l’Église romaine qui est capable d’errer. Les séculiers et les réguliers se disputaient, des voix s’élevaient demandant un changement. « Il faut moraliser le clergé », avaient déjà dit les Pères du synode de Vienne (1311). Après eux, on déclara qu’il fallait réformer « la tête et les membres ». Déjà le mouvement des Hussites, celui des Frérots, des Fraticelles, des Beggards, avaient été une protestation contre les richesses et la corruption de l’Église, mais la Papauté était impuissante à réformer, et la Réforme devait se faire en dehors d’elle et contre elle.