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furent pas violentés. Les massacres de Franconie et de Moravie, les bûchers de Prague furent exceptionnels au seizième siècle ; et quant aux exterminations que Chmielniki commanda en Pologne au dix-septième siècle, elles n’atteignirent les Juifs que par ricochet.

De persécutions systématiques, il n’y en eut plus désormais, sinon celles que l’Inquisition continua à exercer en Espagne contre les Juifs convertis, et en Portugal lorsqu’elle fut introduite par le pape Clément VII, à la prière de Jean III, et après les massacres de 1506. Encore, là, l’Inquisition fut-elle confiée aux Franciscains, qui se montrèrent moins féroces que les Dominicains espagnols.

Les Juifs n’avaient pourtant pas changé. Tels nous les avons vus en plein moyen âge, tels nous les retrouvons au moment de la Réforme ; peut-être même, moralement et intellectuellement, la masse juive était-elle pire. Mais s’ils n’avaient pas changé, on avait changé à côté d’eux. On était moins croyant, et partant moins porté à détester les hérétiques. L’Averroïsme avait préparé cette décadence de la foi, et l’on sait quelle part les Juifs eurent dans la diffusion de l’Averroïsme ; de telle sorte qu’ils travaillèrent ainsi pour eux. La plupart des averroïstes étaient des incrédules, ou tout au moins attaquaient-ils la religion chrétienne. Ils furent les ancêtres directs des hommes de la Renaissance. C’est grâce à eux que s’élabora l’esprit de doute, et aussi l’esprit d’investigation. Les platoniciens de Florence, les aristotéli-