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sition redoublait de rigueur envers les Marranes et la descendance des Morisques.

Cependant, et malgré que la condition où ils étaient réduits fût lamentable, le temps des grandes douleurs était passé pour les Juifs. Ils commencent à descendre la colline qu’ils ont si péniblement gravie, et, s’ils ne trouvent pas encore toute sécurité par les sentiers, ils rencontrent plus d’humanité, plus de pitié. Les mœurs s’adoucissent à cette époque, les âmes deviennent moins rudes, on acquiert réellement la notion de la créature humaine ; cet âge, où grandit l’individualisme, comprend mieux l’individu ; en même temps que la personnalité se développe, on se montre plus tendre pour la personne d’autrui.

Les Juifs se ressentirent de cet état d’esprit. Ils furent tout aussi méprisés, mais ils furent haïs d’une façon moins violente. On voulut encore les attirer au christianisme, mais par la persuasion. On les expulsa bien de quelques cités et de quelques pays ; on les chassa de Cologne et de Bohême au seizième siècle ; les corporations d’artisans de Francfort et de Worms, conduites par Vincent Fettmilch, les obligèrent aussi à quitter ces villes ; mais en leur qualité de serfs de la Chambre impériale, ils furent efficacement protégés par leur suzerain. Si Léopold Ier les renvoya de Vienne, si plus tard Marie-Thérèse les expulsa de Moravie, ces décrets d’expulsion n’eurent qu’un effet temporaire, leurs conséquences ne se firent pas sentir longtemps ; et quand les Juifs rentrèrent dans les villes à la faveur d’une certaine tolérance, ils ne