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fiscation ou, à la rigueur, en se substituant à eux comme créanciers. Cependant ces mesures n’étaient jamais que temporaires et l’antijudaïsme des gouvernements était purement politique. Ils chassaient les Juifs soit pour refaire leurs finances, soit pour exciter la reconnaissance des petits qu’ils libéraient, en partie, du lourd fardeau de la dette, mais ils les rappelaient tôt, car ils ne savaient pas trouver de meilleurs collecteurs de taxes. Du reste, la législation antijuive, nous l’avons dit, était le plus souvent imposée aux royaumes par l’Église, soit par les moines, soit par les papes et les synodes. Encore le clergé régulier et le clergé séculier agissaient-ils d’après des principes différents.

Les moines s’adressaient au peuple, avec lequel ils étaient en contact perpétuel. Ils prêchaient d’abord contre les déicides, mais ils montraient ces déicides comme des dominateurs, alors qu’ils auraient dû être perpétuellement courbés sous le joug de la chrétienté. Tous ces prédicateurs donnaient corps aux griefs populaires. « Si les Juifs emplissent leurs greniers de fruits, leurs celliers de vivres, leurs sacs d’argent et leurs cassettes d’or, disait Pierre de Cluny[1], ce n’est ni en travaillant la terre, ni en servant à la guerre, ni en pratiquant quelque autre métier utile et honorable, mais c’est en trompant les chrétiens et en achetant à vil prix aux voleurs les objets dont ceux-ci se sont emparés. » Ils surexcitaient les colères

  1. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny : Tractatus adversus Judaeorum inveteratam duritiam (Bibl. des Pères Latins, Lyon).