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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/133

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Le déicide, déjà objet d’horreur, étant devenu l’usurier, le collecteur de taxes, l’impitoyable agent du fisc, l’horreur s’aggrava ; elle se compliqua de la haine des pressurés, des opprimés. Les esprits simples ne cherchèrent pas les causes réelles de leur détresse ; ils n’en virent que les causes efficientes. Or, le Juif était la cause efficiente de l’usure ; c’est lui qui, par les gros intérêts qu’il prenait, causait le dénuement, l’âpre et dure misère ; c’était donc sur le Juif que tombaient les inimitiés. Le peuple souffrant ne s’inquiétait guère des responsabilités ; il n’était pas économiste, ni raisonneur ; il constatait qu’une lourde main s’abattait sur lui : cette main était celle du Juif, il se ruait sur le Juif. Il ne se ruait pas que sur lui, et souvent, quand il était à bout de force et de patience, il frappait sur tous les riches indistinctement, tuant Juifs et chrétiens. Les Pastoureaux détruisirent, en Gascogne et dans le Midi de la France, cent vingt communautés juives mais ils ne mirent pas seulement à mal les Juifs : ils envahirent des châteaux, ils exterminèrent les nobles et ceux qui possédaient. Dans le Brabant, les paysans qui assiégèrent Genappe, lieu de résidence des Juifs, n’épargnèrent pas leurs coreligionnaires. De même dans les pays rhénans, lorsque les rois Armleder soulevèrent les Gueux, ils ne traînèrent pas seulement après eux des Judenschlœger[1], mais aussi des tueurs de riches. Seulement, parmi les chrétiens, c’étaient

  1. Massacreur de Juifs.