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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/124

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comme on l’a dit souvent ; les lois restrictives relatives au droit de propriété des juifs ne vinrent que postérieurement à leur établissement. Ils possédèrent, mais ils firent cultiver leurs domaines par des esclaves, car leur tenace patriotisme leur interdisait de bêcher le sol étranger[1] ; ce patriotisme, l’idée qu’ils attachaient à la sainteté de la patrie palestinienne, l’illusion qu’ils gardaient vivace en eux de la restauration de cette patrie, et cette croyance particulière qui les faisait se considérer comme des exilés qui reverraient un jour la ville sacrée, les poussa plus que tous les autres étrangers et colonisateurs à se livrer au commerce.

Commerçants, ils devaient fatalement devenir des usuriers, étant données les conditions qui leur furent imposées par les codes, et les conditions qu’ils s’imposèrent eux-mêmes. Pour éviter les persécutions, les vexations, ils durent se rendre utiles, nécessaires même, à leurs dominateurs, aux nobles dont ils dépendaient, à l’Église dont ils étaient les vassaux. Or le noble, l’Église — malgré ses anathèmes — avaient besoin d’or : cet or ils le demandaient aux Juifs. L’or, au Moyen Âge, était devenu le grand moteur, le dieu suprême, les alchimistes épuisaient leur vie à la recherche du magistère qui devait le créer, l’idée de sa possession enflammait les esprits, en son nom toutes les cruautés étaient commises, la soif des richesses gagnait toutes les âmes ; plus tard, pour les

  1. Voir ch. I, p. 18.