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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/109

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troversaient hardiment avec les théologiens qui tentaient de les persuader par les mêmes moyens qu’employèrent les Pères des âges précédents. Nous reparlerons de ces controverses et de ces écrits lorsque nous étudierons la littérature antijuive.

Ainsi, comme on a pu le voir, durant les sept premiers siècles de l’ère chrétienne, l’antijudaïsme eut des causes exclusivement religieuses, et il fut à peu près uniquement dirigé par le clergé. Les excès populaires, la répression législative, ne doivent pas faire illusion, car jamais ils ne furent spontanés, et leurs inspirateurs furent toujours des évêques, des prêtres ou des moines. Ce n’est qu’à partir du huitième siècle que des causes sociales vinrent s’ajouter aux causes religieuses, c’est après le huitième siècle aussi que commencèrent les véritables persécutions. Elles coïncidèrent avec l’universalisation du catholicisme, la constitution de la féodalité et aussi avec le

    Héraclius, Dagobert donna le choix aux Juifs entre la mort, l’exil ou le baptême (Gesta Dagoberti, XXIV). La même chose est rapportée du roi Visigoth Sisebut (Appendice à la chronique de l’évêque Marius, ann. 588, Dom Bouquet, t. II, p. 19). Chilpéric obligea beaucoup de Juifs à se faire baptiser (Grégoire de Tours, H. F., l. VI, ch. XVII). L’évêque Avitus contraignit les Juifs de Clermont à abjurer ou à quitter la ville. (Grégoire de Tours, H. F. l. V., ch. XI). D’autres évêques employaient la force, et il fallut l’intervention du pape saint Grégoire pour modérer leur zèle. « Les Juifs ne doivent pas être baptisés par la violence, mais amenés par la douceur », dit-il dans des lettres adressées à Virgile, évêque d’Arles, à Théodore évêque de Marseille et à Paschasius, évêque de Naples (Regesta Pontificum Romanorum édit. Jaffé, n° 1115 et 1879). Mais l’autorité du pape ne fut pas toujours efficace.