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c’est ce qui a permis à beaucoup d’établir victorieusement, en apparence, la bienveillance de l’Église vis-àvis des Juifs[1].

Il n’en est rien cependant. Il ne faut pas oublier en effet que l’Église n’avait pas le droit de légiférer civilement, mais les règlements synodaux, les interdictions et les défenses ecclésiastiques, les considérants dont ils étaient accompagnés, avaient une influence énorme sur les autorités politiques ; de plus l’épiscopat exerçait sur les rois mérovingiens ou visigoths une directe et manifeste influence, et l’on peut affirmer que Childebert ou Clotaire II, par exemple, ou Receswinth, donnèrent une sanction aux décrets ecclésiastiques, et que leurs édits furent publiés à l’instigation des évêques.

Du reste le clergé ne se bornait pas à influencer les proclamateurs des mesures légales, c’est lui qui, perpétuellement, excitait contre les Juifs des populations dont l’orthodoxie n’était pas très intolérante. C’est sous la conduite de ses prêtres que la foule se ruait contre les synagogues et qu’elle mettait les Juifs dans l’alternative du massacre, de l’exil ou du baptême.

Toutefois, il ne faudrait pas se représenter l’état

  1. Les Conciles se bornent à ordonner le baptême des enfants issus d’unions mixtes, ainsi que la dissolution du mariage, si le conjoint juif ne se convertit pas. En outre ils déclarent que tout Juif qui tentera de convertir ses esclaves, perdra ces esclaves qui deviendront la propriété du fisc. (Conciles d’Orléans, 533 ; de Tolède, 589 ; de Chalcédoine, 541 ; de Mâcon, 581 ; de Reims, 625, etc.)