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Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/97

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L’AVEUGLE


Sur un mode inconnu ta chanson se déploie,
O pasteur ! et pourtant je l’écoute avec joie.
Avant d’être fermés au splendide univers,
Mes yeux ne l’ont pas vu tel que le font tes vers,
Mais mon âme aperçoit des régions plus belles
Surgir à la clarté de ces hymnes nouvelles.
Je vois qu’un dieu, manquant au ciel ionien,
Enrichit d’un accord ton luth aérien.
A mon cœur de vieillard cette nature est douce ;
Je connais cet ennui qui vers elle te pousse.
Il semble que ce luth, au son triste et charmant,
Je l’entendis en moi murmurer vaguement.
Sois salué, vainqueur ! c’est à toi que j’accorde,
Puisque toi seul tu peux l’enrichir d’une corde,
Ma lyre d’Ionie, antique et saint trésor,
Qu’Athènes cisela dans l’ivoire et dans l’or.
Jeune homme, elle est aussi d’origine céleste ;
Moi, je meurs ! oh ! prends-la ! le don sacré lui reste
D’imprimer aux accords d’harmonieux contours,
De tes vagues chansons plie à ses lois le cours ;
Et qu’un doigt plus soigneux sur ta toile agrandie
Brode en vives couleurs la chaste mélodie.
Toi, prends la coupe, Admète, et le don plus joyeux
Qui verse une autre ivresse et vient aussi des dieux ;