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Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/87

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Par cet attrait sans nom des parfums, ’des couleurs,
Par ce charme qui tient, malgré toute culture,
L’homme vers le soleil tourné comme les fleurs.

J’avais des vains plaisirs pris et laissé l’amorce,
Ayant usé de tout je croyais tout savoir ;
Docile au sens borné qui s’arrête à l’écorce,
Ivre de vains désirs, j’avais nié l’espoir.

Tout le néant du monde et de sa folle pompe
S’étalait dans son vide à mon œil ébloui ;
Sa sagesse qui ment et sa vertu qui trompe,
L’amour même, l’amour s’était évanoui !

Eh bien, je n’avais vu qu’un seul aspect des choses,
Avant de les sonder avec l’œil du rêveur ;
Je n’allais pas plus loin que le parfum des roses,
Je n’avais jugé rien des fruits que la saveur.

Mais quand les bois sacrés m’ouvrirent leurs arcades,
Quand sous les noirs sapins j’eus gravi les hauts lieux,
Sur les glaciers, au bruit des vents et des cascades,
L’invisible apparut et dessilla mes yeux.

Dès lors à ce soleil sans nuage et sans tache,
Mon âme voit des champs plus touffus et plus verts ;
Sous les flots et les fleurs sentant ce qui se cache,
Pour son hôte inconnu j’aime cet univers.