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Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/395

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UNE ÂME


Tu le sais bien ! il est, sous le chaume et dans l’herbe,
Des fleurs et des vertus sans nom chez les humains,
Mais qu’à l’égal du chêne et du laurier superbe
Dieu chérit dans son cœur et pèse dans ses mains.

Il est, près du foyer, des travaux magnanimes,
Des luttes corps à corps avec la passion,
D’invisibles combats, des victoires intimes,
Assez beaux pour suffire à tes ambitions.

Pour la foule, à grand bruit, l’héroïsme étincelle ;
Mais, dans un humble effort, le cœur pur et constant.
Le flambeau du manoir qui luit dans la chapelle
Éclipse devant Dieu ces clartés d’un instant.

Sans faire au mal du siècle une guerre inféconde,
Où de plus fiers que toi subissent le vainqueur,
Reste armé de ce glaive impuissant sur le monde
Pour frapper sur toi-même et régner sur ion cœur.

Pourquoi rêver d’atteindre à ces gloires banales,
Et d’allumer ta lampe à leurs lointains soleils ?
Tu portes dans ton cœur de plus sûres annales,
Et tes chers souvenirs sont tes meilleurs conseils.

Il t’est bon d’aspirer, parfois, dans la tourmente,
L’esprit de ces grands morts et le vaste horizon ;