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Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/38

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e et les exemples mauvais. Mais aucun des grands souvenirs ne s’efface ; il semble, au contraire, que les nobles figures de ceux qu’on a aimés et qu’on admire, que toutes les grandes scènes de la poésie et de l’histoire affluent autour de nous et nous environnent d’éloquentes visions.

En évoquant parfois des morts héroïques pour prendre part au colloque qui s’établit entre sa conscience et les voix du désert, à la prédication qui s’exhale de tous les arbres des forêts, qui jaillit avec tous les flots des rochers et toutes les brises du ciel, le poëte a mis en scène ce qui se passe invariablement pour lui, sans parti pris d’avance et par l’impression toute naturelle de la beauté des sites, à chacune de ces courses de montagnes d’où il a rapporté la plupart de ses inspirations.

Nous ne prétendons pas dire que le spectacle de la nature peut suppléer toute autre inspiration, toute autre nourriture morale. Mais, il faut qu’on le sache bien, cet enseignement ne contredit aucun autre enseignement spiritualiste, cette révélation de l’infini et du divin, faite dans le langage des accords, des formes, des couleurs, des harmonies de toute sorte, n’offense pas la révélation positive, faite parla tradition et par la voix immatérielle de la conscience. Le christianisme n’a rien à redouter de l’amour de la nature. La religion est assez large pour comprendre tous les sentiments poétiques, assez forte pour les régler, assez divine pour les sanctifier. Subordonné ainsi aux croyances chrétiennes, le sentiment de la nature devient le plus puissant auxiliaire du sentiment religieux. C’est au profit de la.piété vraie qu’il suscite notre enthousiasme ; les ailes qu’il donne à notre pensée pour s’élever à travers l’espace nous conduisent vers l’infini, c’est-à-dire vers Dieu.

Vous pouvez donc, ô poëte, sans crainte d’idolâtrie, adorer l’Éternel dans cette grande nature des Alpes que vous aimez si ardemment. Montez vers l’immense forêt