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Porté le riche humus à ces maigres terrains.
Ton blé germant là-haut, dans la roche brisée,
Y boit plus de sueurs cent fois que de rosée ;
Et, comme on bénit Dieu sous ton toit de sapin,
Nous devons te bénir quand nous mangeons ce pain.
Ah ! qu’il est plein de vie et de saveur ! Ah ! comme
Ce pain, fait tout entier de la vertu de l’homme,
Donne un plus noble sang, un plus vaillant esprit
A l’aïeul qui le sème, aux enfants qu’il nourrit !

Mais nous, ô voyageur, plus haut ! montons encore
Cet escalier des monts par où descend l’aurore :
Chacun de ses degrés offre au cœur agrandi
L’image et le conseil d’un travail plus hardi.

Arrêtons-nous, regarde ! aux flancs du précipice,
Sur ces murs veloutés qu’un fin gazon tapisse,
Le faucheur, sur l’abîme allongeant son râteau,
Ramène herbes et fleurs jusqu’au bord du plateau.

Vois ce sapin vieilli dont les dernières branches
Pendent au bord du gouffre avec leurs mousses blanches ;
Vois ! l’homme ose attacher à ce tronc caverneux
Et prendre pour échelle un câble aux mille nœuds.
Il s’en va, jusqu’en bas, couper l’herbe nouvelle.
Sur le dos du faucheur la gerbe s’amoncelle.
Pour gravir sous ce poids l’impossible chemin,
Il saisit chaque nœud de sa robuste main ;