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les austères labeurs, les dévouements. L’énergie surabonde en vous avec le sentiment du divin ; votre âme cherche à se répandre autour d’elle par ses œuvres et par le sacrifice de soi-même, à l’exemple du Dieu qui vous a donné ce surcroît de vie.

Nous avons tous connu ces heures sacrées où la contemplation des grands aspects de la nature nous a purifiés et rassérénés ; où, sur les montagnes, dans la sainte ivresse de l’infini, nous nous sommes sentis plus forts et plus aimants ; où nous sommes devenus, par l’enthousiasme du beau, plus capables de toutes les vertus et surtout de la vertu suprême, le sacrifice. Tout ce que la parole peut reproduire de ces nobles émotions, tout ce qu’a de plus parfait l’œuvre du poëte, ne sera jamais qu’un faible écho de cette harmonie intérieure, de cette voix que chacun de nous a entendue dans son propre cœur, sur les sommets où l’amour de la nature l’avait conduit.

Ceux qui ne regardent la nature qu’avec leurs sens, qui ne l’interrogent qu’avec leurs appétits et leurs intérêts, et ne la mesurent qu’à de sordides calculs, ceux-là, sans doute, n’en reçoivent pas ces communications intimes et ce surcroît de vie morale ; ils en redoutent l’aspect comme celui d’un bien dont on est incapable de jouir ; et la poésie absente proteste en, eux par un vague remords et par un vide douloureux. Pour ceux-là, véritablement, la solitude et le spectacle des sites déserts réservent cette influence énervante qu’on impute à la contemplation de la nature.

Mais pour les esprits dégagés du matérialisme des intérêts et des basses passions, pour les cœurs sainement religieux, l’amour de la nature n’entraîne pas l’inertie ; il n’isole pas l’homme dans une égoïste contemplation, loin du travail et du devoir. Sur la montagne, en face de l’infini, on n’oublie que les petitesses de la vie vulgair