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Dieu vous a faits si fiers, si purs, si pleins de vie,
Pour les belles amours et pour les belles morts.

Venez donc ! je vous suis, et nous volons ensemble ;
Nous remontons le cours du temps précipité ;
Vous me faites revoir tout ce qui vous ressemble,
Toute chose où rayonne un éclair de beauté.

Avec vous je suis jeune ; avec vous j’ai des ailes,
Vos ailes de vingt ans, l’espérance et la foi !
Ces deux vertus des forts, qui vous restent fidèles,
Me rouvrent votre Éden, déjà trop loin de moi :

Non pour nous endormir sur ses tapis de mousse,
Pour y suivre, en rêveurs, dans ces détours charmants,
Sous l’ombre où les oiseaux chantent de leur voix douce,
Les méandres de l’onde et les pas des amants ;

Non pour cueillir sans fin la fleur d’or sur les landes,
Pour perdre nos printemps à tresser dans les bois,
A nouer de nos mains tant de folles guirlandes
Qui, l’automne arrivé, nous pèsent quelquefois.

Non ! c’est pour y tenter la cime inaccessible
Où les héros d’Arthur cherchaient le Saint-Graal.
A vous, audacieux qui pouvez l’impossible,
A vous d’y découvrir, d’y ravir l’idéal !