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Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/32

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nous faisons des forces de la nature pour la vie matérielle, de ses formes pour la vie de l’imagination, dans l’usage de tous les trésors dont elle abonde pour le corps et pour l’âme, il ne faut pas chercher la source du bien et du mal au sein des choses elles-mêmes. Si la nature produit le mal, ce n’est pas Dieu qui l’y a semé. Le principe du bien ou du mal, de la corruption ou de l’ennoblissement des objets qui nous entourent, il est dans l’homme même ; il est dans la conscience qui distingue et qui choisit le mal ou le bien ; il est dans notre volonté ; il est dans la liberté morale.

Il importe donc à l’artiste d’entrer dans le champ de la contemplation avec un cœur pur, d’interroger la nature avec une volonté inclinée au bien, et de déposer en elle un ferment de bonnes pensées. La nature doit lui rendre au centuple cette semence de sagesse et d’amour. Si le fond de notre âme est resté sain, fût-elle dans ses heures de découragement et d’amertume, c’est avec ce fond de l’être moral demeuré pur, avec ce principe même de la vie que s’établit l’intime communion de l’esprit humain et de la nature, révélation permanente de l’intelligence divine.

Au contact des figures merveilleuses, des images d’un monde supérieur qui peuplent les belles solitudes de la terre, nos blessures se ferment, nos cicatrices disparaissent sous les fraîches couleurs de la vie. Le tête-à-tête avec la nature n’engendre pas la misanthropie et la tristesse, il les guérit. Au sein de cette harmonie universelle, les désirs inquiets, les ambitions, les regrets stériles, les remords mêmes se taisent. Un voix prévaut alors dans la conscience, la voix des aspirations religieuses, l’hymne de l’espérance et de l’amour vers celui que nous cache et nous révèle à la fois l’immense création, ce voile transparent, cette forme palpable de l’invisible.

Non, la nature et la solitude ne sont pas mauvaises