Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/28

Cette page n’a pas encore été corrigée


rapproché de la poésie, l’analogue des œuvres de ce genre. Lorsque j’entends, dans un orchestre animé par Beethoven, la mélodie principale passer alternativement d’un instrument à un autre, avec l’effet nouveau que- lui donnent la sonorité et la tonalité diverses de chacun d’eux, lorsque la pensée de l’artiste à travers l’andante, l’allegro, le scherzo, parcourt des zones, des sites, des températures différentes qui en modifient le caractère, j’ai l’image d’un ordre de composition où le poëte accomplit, mais avec une intention plus claire et plus précise, le même travail et le même voyage que le musicien. Il s’avance au milieu du paysage plein d’une pensée qui déborde autour de lui en récitatifs et en mélodies. Dans chaque site qu’il traverse, un écho différent lui renvoie cette pensée avec un accent et un caractère particuliers. Chaque objet de la nature, adapté à reproduire cette mélodie, la développe et en accroît l’effet. La diversité des sites et des interlocuteurs qu’il y rencontre, en suivant un plan tracé d’avance, fait de ce dialogue concertant un drame véritable, avec son exposition, son nœud et son dénoûment, Or, si pour cette ode à plusieurs voix, pour ce drame accompli dans l’intérieur de la conscience humaine, mais avec la complicité de toute la création je cherche un nom et un modèle, je trouverai, à la suite de Beethoven, le modèle et le nom de la Symphonie.

C’est ainsi que s’explique et se justifie le titre de Symphonies donné à nos poëmes : il découle de l’œuvre elle-même, il a été l’objet d’un choix réfléchi. Les Idylles héroïques sont destinées à compléter le recueil des Symphonies, quoique le poëme de Rosa Mystica s’en distingue comme un cadre où le paysage ne tient presque plus de place et où la scène tout entière est livrée aux personnages et au drame h