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Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/273

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Sur les chars empourprés des derniers feux du jour,
Gerbes et moissonneurs sont rentrés dans la cour.
Déjà, dans l’avenue, en face de la grange,
Sonne la cornemuse, et la troupe s’y range.

Le plus vieux, qui maintient le rite coutumier,
A réglé le cortège et marche le premier.
Il porte, heureux trésor acquis par tant de peine,
La couronne d’épis sur une croix de chêne.
Un ruban d’écarlate enroule au bois grossier
Les fleurs que l’été mêle au froment nourricier ;
Et l’emblème sacré de joie et d’abondance
Du travail et de Dieu parle avec évidence.

On part ; la voix éclate, et les vieilles chansons
Escortent noblement le bouquet des moissons.
Le soir dore les murs de la ferme qui brille.
Là, debout sur le seuil, le père de famille
Attend paisible et fier tout son peuple assemblé,
Et reçoit dans ses mains les prémices du blé.

Bientôt les épis d’or et la croix qui les porte
Comme un signe de Dieu sont cloués sur la porte ;
Ils y doivent rester jusqu’à l’autre saison,
Pour garder de tout mal les champs et la maison.

Or, pour les moissonneurs, la journée étant faite,
Commence le plaisir de la rustique fête,