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Le foyer et le champ, les récits de l’aïeul,
Tout ce qui pour le cœur compose la patrie,
Tous ces trésors que j’aime avec idolâtrie,
Cher pays de Forez, je les tiens de toi seul.

Tous mes fruits ont germé sur tes douces collines ;
Ma sève ne sort pas d’une immonde cité ;
Si je fleuris au sol où je fus transplanté,
C’est que je garde encor ta terre à mes racines.

Un sang paisible et fort, pur de tous vils penchants,
Est transmis à tes fils, chaste et verte contrée
Où d’Urfé promenait les bergers de l’Astrée,
Et dont la ville encor garde les mœurs des champs !

Par toi je fus poëte, et d’un plus fier langage,
Peut-être, sous mes doigts, la harpe des forêts
Parla mieux d’idéal et sut mieux tes secrets ;
Mais cette œuvre est la tienne et je t’en fais hommage.

Reçois-le sans l’ouvrir, ce livre d’un songeur,
Trop plein des visions de ce siècle malade ;
Reste à chanter encor quelque vieille ballade,
Et garde bien tes fils de son doute rongeur.

Quand de revoir ton sol Dieu m’accorde la fête,
Je veux qu’aux verts détours des sentiers réjouis
Tous ceux que je rencontre, ignorant le poëte,
Tendent leur main calleuse à l’enfant du pays.