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Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/220

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C’est qu’en moi, dominant l’indocile nature,
La douleur te démontre à mon sang révolté.

C’est que je porte aussi ta couronne de ronce,
Que j’ai goûté le fiel du calice infini ;
C’est, ô Christ, qu’à tes pieds, sans obtenir réponse,
J’ai crié bien souvent : « Lama Sabacthani ! »

C’est, hélas ! que j’ai vu pleurer sur mon calvaire,
C’est que je vois, martyre y monter à son tour,
Cet ange maternel qui, sous ta main sévère,
A tant souffert pour moi, mais avec tant d’amour ;

C’est que je vois tous ceux que j’admire et que j’aime
S’attacher à ta croix et la porter entre eux ;
Et jeter, sous les coups qui m’ont percé moi-même,
Des cris plus résignés, mais aussi douloureux.

Et l’homme douterait de l’œuvre salutaire
Qu’accomplit ici-bas l’arbre aux rameaux sanglants,
Lui qui, prêtre et victime en ce fécond mystère,
Sur le rocher fatal a souffert six mille ans !

L’homme est fier, à bon droit, de sa raison superbe ;
Qu’il soit fier de ses maux dont le ciel est l’enjeu !
En vain il porte en lui quelques rayons du Verbe,
C’est par la croix surtout qu’il ressemble à son Dieu.