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Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/22

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tous, mais parce que l’état des âmes, les formes du sentiment qui lui correspondent, devenus aujourd’hui prédominants, gouvernent tous les autres arts et décident de leur direction. Les preuves abonderaient dans l’histoire de notre poésie depuis Lamartine. Prenons notre exemple dans un monde plus radicalement distinct de la musique, dans la peinture, dont le type primitif est la statuaire. Si la peinture de notre temps a quelque supériorité, c’est par le paysage ; la preuve en est dans la multiplicité et dans le mérite relatif des tableaux de ce genre. Les expositions, surtout celle de province, l’attestent depuis bien des années. Dans le même salon où la grande peinture témoigne de son appauvrissement et souvent d’une stérilité complète, on voit briller le paysage non-seulement par le talent, par le nombre, mais par un charme réel, par l’incontestable valeur de l’exécution. Or, qu’est-ce que le paysage, en le jugeant comme on doit juger toute production de l’art, c’est-à-dire dans son rapport avec un certain état de l’âme, en le considérant comme expression d’un ordre de sentiments plus ou moins nobles, plus ou moins essentiels à l’homme. Prenons ce genre dans les types les plus élevés, sans tenir compte des toiles réalistes par où il avoisine la peinture de nature morte. Le paysage ne saurait exprimer, comme la figure, un état déterminé de l’esprit, de la passion, de la volonté ; le sentiment qu’il reproduit n’est pas assez clair, assez précis, pour exclure la diversité des interprétations ; le paysage, comme la musique, n’a pour l’âme qu’une signification vague et indirecte.

Le paysage exprime sans doute une pensée. Si, comme nous le croyons, tout site de la nature a sa portée morale et peu s’associer à un certain état du cœur humain, la peinture de paysage peut faire naître ce sentiment en plaçant le site sous nos regards. Mais cette concordance n’a rien de précis, et, devant le tableau encore plus que devant