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Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/140

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Tu voulais échapper au bruit de nos orgies ;
Mais tu redescendras à l’appel du clairon.

Tu n’as point redouté nos combats, mais nos fêtes.
Sur la neige éternelle ou sur le sable en feu,
Tu consultais la voix qu’entendent les prophètes,
Apprenant du désert à nous parler de Dieu.

Ce vieil amour du sol, cet honneur qu’on abdique,
Ce culte des aïeux et de leurs saintes lois,
Ils coulent dans ta veine, ô Muse druidique !
Je les ai respirés sous les chênes gaulois.

Descends donc aujourd’hui, poëte : il n’est plus l’heure
D’écouter les soupirs des flots ou des rameaux ;
C’est l’âme des humains qui s’agite et qui pleure :
Va retrouver ton peuple et souffrir de ses maux.

Viens faire, au cœur de ceux qui frappent dans l’arène,
Sonner des rhythmes fiers appris dans les grands bois.
Tu sais tailler aussi les javelots de frêne ;
C’est le jour d’épuiser ta lyre et ton carquois.

Viens ! la toison de l’ours flotte sur tes épaules.
Emprunte à nos forêts leurs divines terreurs ;
Entraîne sur tes pas le vrai peuple des Gaules,
De la faux implacable arme tes laboureurs.