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CHAPITRE II


CLÉMENT MAROT


Les premières années du xvie siècle : les poètes d’Anne de Bretagne. — 1. Le roi François Ier. Humanisme, hellénisme ; libres études et raison indépendante. Érudits et traducteurs. — 2. La reine de Navarre : mélange en elle du moyen âge, de l’Italie et de l’antiquité, de la Renaissance érudite et de la Réforme religieuse. — 3. Clément Marot. Son protestantisme. Ses attaches au moyen âge, à l’Italie, aux Latins. Son caractère et son talent. Sa place dans le mouvement général de la littérature. — 4. Le pétrarquisme : Mellin de Saint-Gelais. La chevalerie : l'Amadis.


Pendant une vingtaine d’années, l’esprit de la Renaissance s’infiltre chez nous : mais le xve siècle reste pour ainsi dire toujours à l’avant-scène. Charles VIII est un féodal, une épreuve affaiblie du Téméraire ; Louis XII, un bourgeois, une épreuve affaiblie de Louis XI. Avec sa bonhomie avisée, Louis XII estime les lettres surtout par les services qu’elles rendent, comme moyen de publicité ou de polémique. Mais la reine Anne les aime pour elles-mêmes ; elle s’en loure de poètes : et naturellement cette duchesse de Bretagne fait fleurir à la cour de France la poésie tourmentée et vide dont la féodalité princière du xve siècle avait été si éprise. Elle emplit sa maison, celle du roi de rhétoriqueurs. L’Épinette du jeune prince conquérant le royaume de bonne Renommée, œuvre de Simon Bougoing, donne une idée suffisante de cette poésie des valets de chambre ou secrétaires du couple royal, et montre en eux les héritiers directs des Meschinot et des Molinet. Hors de la cour, d’autres rivalisent avec eux : d’autres continuent Coquillart et, dans ses basses parties, Villon[1]. Pas de milieu entre le réalisme grossier et l’idéalisme creux : ici la nature est triviale, là elle est contrariée.

Cette « rhétorique » dont se réjouit la raide et pédante Anne,

  1. Par exemple, Ch. de Bourdigné, auteur de la Légende de maître Pierre Faifeu, Angers, 1526. Le fond est digne des repues franches : la forme se ressent du voisinage de Jean Cretin et de Jean Lemaire.