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CYNIPS

désignés par Linné sous le nom générique de Cynips, forment aujourd’hui la famille des Cynipides, placée entre les Braconides et les Ichneumonides (V. Ichneumon) et correspondant aux Diplolépaires de Latreille. Ce sont de très petits insectes, dont la taille varie entre *2 et 5 millim. Leur coloration est en général assez uniforme, brune, rougeàtre ou noire, rarement brillante. La tèle, peu développée, porte deux antennes droites, de douze à quinze articles, plus longues chez les mâles que chez les femelles. Le thorax est large, épais, ovoïde, avec l’écusson grand et saillant. Les ailes antérieures offrent une cellule radiale lancéolée et deux ou trois cellules cubitales ; les inférieures n’ont qu’une seule et forte nervure intérieure en plus de la nervure costale. L’abdomen, en général brièvement pédicule, est comprimé latéralement ; le premier segment est très grand, les autres raccourcis ; les arceaux inférieurs se prolongent tellement en dessous que la face ventrale semble formée d’une seule pièce carénée, saillante à l’extrémité et recouvrant la tarière qui est le plus souvent cachée et dépasse à peine, au repos, le bout de l’abdomen. L’histoire des Cynipides est des plus intéressante. Elle mériterait, comme l’a dit très justement M. le professeur Laboulbène, d’occuper une place d’honneur dans les études entomologiques de notre époque. Certains de ces petits insectes sont entomophages et pondent leurs œufs à l’intérieur du corps de diverses larves. Mais dans le plus grand nombre les femelles, à l’aide d’une tarière dentelée à l’extrémité et mue par des muscles puissants, entament les tissus végétaux : bourgeons, feuilles, fruits, troncs et même racines, pour y introduire leurs œufs en même temps sans doute qu’une certaine quantité d’un liquide spécial. L’action de ce liquide et la présence des œufs déterminent un afflux considérable de sève qui amène l’hvperthrophie des éléments cellulaires et, par suite, la production d’excroissances de formes très variées, bien connues sous le nom de (/ailes (V. ce mot), dans lesquelles se développent une ou plusieurs larves charnues, aveugles, dépourvues de pattes et d’anus. Tantôt ces larves vivent plusieurs mois dans la galle et s’y transforment en insectes parfaits sans qu’elle se détache du végétal ; tantôt la galle tombe et les larves en sortent pour aller dans la terre se transformer en nymphes. D’autres fois les larves se métamorphosent dans la galle même et l’insecte parfait la perce d’un trou arrondi et persistant pour s’échapper au dehors. Toutes les galles végétales sont loin d’être produites par les Cynipides ; mais c’est à ces insectes qu’appartiennent les galles les plus connues et les plus répandues dans les furets, principalement sur les chênes. Citons, entre autres, la galle à teinture d’Alep,

qui se développe sur la

Quercus infectoria YVilld.

(lig. 2) à la suite des pi-

qûres du Cynips gallœ-

tinctorice L. (fig. 1 et 3) ;

la grosse galle en nèfle du

chêne Tauzin des Landes et

sa variété de Hongrie, ducs

au C. argentea Hait. (C.

Tozce Bosc) ; les galles dites

en artichaut, semblables à

des cônes de houblon, provoquées par la déformation des bourgeons du chêne à la suite des piqûres du Cynips fecundatrix II. ut. ; les mula sodomitica ou mala insana, des bords de la mer Morte, produites par le Cynips insana Westw. ; les galles chevelues des églantiers et des rosiers ou Bédéguars (V. ce mot) dues aux Rhodites rosce Hart., etc.

L’étude des Cynipides est donc étroitement liée à celle des galles. Beaucoup d’auteurs, notamment Réaumur, Hartig, Giraud, G. Mayr, ont fourni des matériaux très importants pour cette étude, mais un grand nombre de buts restent inexpliqués et la variabilité des galles provenant d’un même insecte est une des causes qui rendent les recherches des plus difficiles. D’un autre côté, de grandes incertitudes régnent sur le mode de reproduction de beaucoup de Cynipides. 11 existe toute une série d’espèces chez lesquelles on n’a encore trouvé aucun mâle. On a cru voir Fig. 1. — Cynips galbe

tinctorhe L. (femelle

grossie).

Fii.

Galles produites sur le Quercus infectoria Willd. par le Cynips gallte tinctoriœ L.

Fig. 3. — Galle ou-

verte pour montrer

la larve du Cynips

gallœ tinctoriœ L.

là une procréation sans fécondation préalable, une parthénogenèse. Mais depuis les découvertes de H. Adler, on est porté à admettre une génération alternante ; en d’autres termes, une génération agame ne présentant que des individus femelles, se développant dans

des galles de nature spéciale,

donne naissance à une génération

comprenant des individus mâles et

femelles en nombre égal, qui se

développent dans des galles de

nature toute différente des pre-

mières. C’est ainsi, par exemple,

que le Cynips quercus gemmée

L. ou C. fecundatrix Hart. agame,

c.-à-d. femelle, apparaissant en

avril et sortant des galles en artichaut qui se développent à l’aisselle des feuilles de chêne, pique les bourgeons des chênes et détermine la formation de petites galles fixées librement sur les chatons lors de la floraison. Ces galles donnent naissance vers la mi-juin à VAndricus pilosus Hart. des deux sexes, dont les femelles reproduisent, par la piqûre des bourgeons, les galles en artichaut primitives, d’où naissent, au printemps suivant, des Cynips fecundatrix agames. Il en est do même pour le Neuroterus lenticularis Oliv. (N. Malpighi Hart.). Ce Cynipide éclôt, au printemps, de galles aplaties qu’on observe en automne à la face inférieure des feuilles de chêne et qui tombent en hiver. On n’en connait que des femelles. Celles-ci piquent des bourgeons de chêne et produisent des galles charnues, transparentes comme des grains de groseilles blanches, d’où sortent des Spathegaster baccarum L. mâles et femelles ; ces dernières pondent leurs œufs sur les feuilles et ces œufs sont entourés de la galle du Neuroter us lenticularis primitif. Ces faits, extrêmement intéressants, ont été confirmés depuis lors par Lichtenstein (Petites Nouvelles entomologiques, l L ’ r mai 1878), et par Cameron, dans Entomol. Monthly magazine (juin 1878, p. 12). Ed. Lefèvre. 11. Paléontologie. — Des insectes de la famille des Cynipidce ont été signalés dans l’ambre tertiaire {Cynips, Diplolepis). Des feuilles de marronnier provenant des