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LE MANDARIN.

en proche un grand bruit dans la salle ; la plupart des fumeurs se rapprochèrent avec vivacité ; tous avaient le geste rapide, le visage animé, l’œil curieux.

Didier, voyant l’étonnement du jeune mandarin, lui demanda si les fumeurs d’opium ressemblaient aux fumeurs de tabac.

— À votre tour, mon ami, reprit brusquement Davenel, avez-vous trouvé la définition exacte de ce que vous appelez la vertu ?

Lefranc répondit :

— La vertu n’est autre chose que la pratique du bon, du bien et du vrai.

— Qu’est-ce que le bien, le bon et le vrai ? repartit Davenel ; on entend ces mots très-différemment.

— Le bon et le bien sont choses relatives aux temps et aux mœurs ; mais le vrai, c’est l’essence de toute morale divine, la base et le moteur éternel de toute vertu.

— Qu’est-ce que la vertu ? recommença Davenel en riant. Des mots ! des mots ! toujours des mots, aussi impuissants dans l’action que la morale