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MADAME DE SÉVIGNÉ.

« Votre petite demoiselle (Marie-Blanche, mademoiselle d’Adhémar) me fait pitié d’être destinée à demeurer dans ce couvent, perdue pour vous. En attendant une vocation, vous n’oseriez la remuer, de peur qu’elle ne se dissipe. Cette enfant est d’un esprit chagrin et jaloux, tout propre à se dévorer. »

 

Je fais réponse à ma chère petite Adhémar (Marie-Blanche) avec une vraie amitié. La pauvre enfant ! qu’elle est heureuse, si elle est contente ! Cela est, sans doute ; mais vous m’entendez bien. ».

 

Quelques années après, au sujet de sa seconde fille Pauline, elle écrit :

« Aimez, aimez Pauline ; donnez-vous cet amusement ; ne vous martyrisez point à vous ôter cette petite personne ; que craignez-vous ? Vous ne laisserez pas de la mettre au couvent dans quelques années, quand vous le jugerez nécessaire. Tâtez, tâtez un peu de l’amour maternel ; on doit le trouver assez salé, quand c’est un choix du cœur, et que ce choix regarde une créature aimable. Je vois d’ici cette petite ; elle vous ressemblera, malgré la marque de l’ouvrier. Il est vrai que ce nez est une étrange affaire ; mais il se rajustera, et je vous réponds que Pauline sera belle. »

 

« Je sais comme on reçoit M. de Grignan en Provence. Je lui recommande Pauline, et le prie de la défendre contre votre philosophie. Ne vous ôtez pas tous deux ce joli amusement : hélas ! a-t-on si souvent des plaisirs à choisir ? Quand il s’en trouve quelqu’un d’innocent et de naturel sous notre main, il me semble qu’il ne faut pas se faire la cruauté de s’en priver. Je chante donc encore une fois : Aimez, aimez Pauline, aimez sa grâce extrême. »