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dence. Elle avait échangé jusqu’à son beau nom grec contre un nom obscur de pêcheur de Procida. « Quand une maison s’écroule, on finit par en balayer jusqu’à la dernière pierre », nous disait Andréa. « De tout ce que mon aïeul possédait sous le ciel, il ne reste rien que mes deux rames, la barque que vous m’avez rendue, cette cabane qui ne peut pas nourrir ses maîtres, et la grâce de Dieu. »


IX


La mère et la jeune fille nous demandaient de leur dire à notre tour qui nous étions, où était notre pays, que faisaient nos parents ; si nous avions notre père, notre mère, des frères, des sœurs, une maison, des figuiers, des vignes ; pourquoi nous avions quitté tout cela si jeunes, pour venir ramer, lire, écrire, rêver au soleil et coucher sur la terre dans le golfe de Naples. Nous avions beau dire, nous ne pouvions jamais leur faire comprendre que c’était pour regarder le ciel et la mer, pour évaporer notre âme au soleil, pour sentir fermenter en nous notre jeunesse et pour recueillir des impressions, des sentiments, des idées, que nous écririons peut-être ensuite en vers, comme ceux qu’ils voyaient écrits dans nos livres, ou comme ceux que les improvisateurs de Naples récitaient, le dimanche soir, aux marins, sur le Môle ou à la Margellina.

« Vous voulez vous moquer de moi, nous disait Graziella en éclatant de rire, vous des poètes ! mais vous n’avez pas les cheveux hérissés et les yeux hagards de ceux qu’on appelle de ce nom sur les quais de la Ma-