Page:Lamarck - Philosophie zoologique 2.djvu/420

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ture, et l’éloquence même, pourroient-elles se passer d’imagination ?

Pour moi, je pense que la littérature, ce beau résultat de l’intelligence humaine, est l’art noble et sublime de toucher, d’émouvoir nos passions, d’élever et d’agrandir nos pensées, enfin, de les transporter hors de leur sphère commune. Cet art a ses règles et ses préceptes ; mais l'imagination et le goût sont la seule source où il puise ses plus beaux produits.

Si la littérature émeut, anime, plaît, et fait le bonheur de tout homme en état d’en goûter le charme ; la science lui cède à cet égard, car elle instruit froidement et avec rigidité : mais elle l’emporte en ce que non-seulement elle sert essentiellement tous les arts, et qu’elle nous donne les meilleurs moyens de pourvoir à tous nos besoins physiques, mais, en outre, en ce qu’elle agrandit solidement toutes nos pensées, en nous montrant dans toute chose ce qui y est réellement, et non ce que nous aimerions mieux qui y fut.

L’objet de la première est un art aimable ; celui de la deuxième est la collection de toutes les connoissances positives que nous pouvons acquérir.

Les choses étant ainsi, autant l’imagination est utile, indispensable même en littérature, autant elle est à redouter dans les sciences ; car ses