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tion graduelle des organes qui donnent lieu, d’abord aux sensations et au sentiment intérieur, ensuite aux idées, et enfin, aux opérations qui s’exécutent sur elles.

Les animaux très-imparfaits des premières classes, ne possédant point de système nerveux, ne sont simplement qu’irritables, n’ont que des habitudes, n’éprouvent point de sensations, et ne se forment jamais d’idées. Mais les animaux moins imparfaits, qui ont un système nerveux, et qui, cependant, ne possèdent pas l’organe de l’intelligence, ont de l’instinct, des habitudes et des penchans, éprouvent des sensations, et néanmoins ne se forment point encore d’idées. J’ose le dire, là où il n’y a pas d’organe pour une faculté, cette faculté ne peut exister.

Or, s’il est maintenant reconnu que toute idée provienne originairement d’une sensation, ce qu’en effet on ne sauroit solidement contester, je compte faire voir que, pour cela, toute sensation ne donne pas nécessairement une idée. Il faut que l’organisation soit parvenue à un état propre à favoriser la formation de l’idée, et qu’en outre, la sensation soit accompagnée d’un effort particulier de l’individu, en un mot, d’un acte préparatoire qui rende l’organe spécial de l’intelligence capable de recevoir l’idée, c’est-à-dire, des impressions qu’il conserve.