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séparer l’objet dont il s’agit de notre propre existence et en avoir une idée, nous exécutons presque simultanément, par le moyen de nos organes, deux sortes d’actes essentiellement différens ; l’un qui nous fait sentir, l’autre qui nous fait penser. Jamais nous ne parviendrons à démêler les causes de ces phénomènes organiques, tant que nous confondrons ensemble les faits si distincts qui les constituent, et que nous ne reconnoîtrons pas que la source de l’un ne peut être la même que celle de l’autre.

Assurément, il faut un système d’organes particulier pour exécuter le phénomène du sentiment ; car sentir est une faculté particulière à certains animaux, et non générale pour tous. Il faut, de même, un système d’organes particulier pour opérer des actes d’entendement ; car penser, comparer, juger, raisonner, sont des actes organiques d’une nature très-différente de ceux qui produisent le sentiment. Aussi, quand on pense, n’en éprouve-t-on aucune sensation, quoique les pensées se rendent sensibles au sentiment intérieur, à ce moi dont on a la conscience. Or, toute sensation provenant d’un sens particulier affecté, la conscience qu’on a de sa pensée n’en est point une, en diffère effectivement, et conséquemment doit en être distinguée. De même, lorsqu’on éprouve la sensation simple qui constitue la per-