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quelquefois, aujourd’huy, les hommes paroissent contrarier ces principes, ils sont déçus par quelque illusion, ou déterminés par des sentiments étrangers qu’il ne sera pas difficile de découvrir. Il faut se rappeler que, dans ces 1ers temps, les femmes étaient nües, et sans résistance ; que tout regard jetté sur elles étoit un examen entier, et que le désir, aussitôt satisfait que formé, laissoit toujours aux hommes le sang-froid nécessaire pour juger ; mais lorsque les femmes commencèrent à se vêtir, l’imagination fut obligée de suppléer à ce que les yeux ne purent plus appercevoir ; et l’imagination est facile à séduire, et quelquefois elle se trompe. La curiosité éveille le désir, et le désir embellit toujours son objet. Lorsqu’elles furent en possession de refuser ou d’accorder à leur gré, l’illusion augmenta encore ; tantôt le désir naquit de l’espoir de le satisfaire facilement, tantôt il s’éteignit par cette même idée de facilité ; tantôt il s’irrita par la molle résistance d’un refus simulé, tantôt il fut étouffé sous l’humiliation ou le chagrin d’un refus absolu : ainsi les hommes s’accoutumèrent à désirer avant de connoître ; ainsi la facilité ou la difficulté d’obtenir concoururent, autant que l’objet


    sité libertine a fait rechercher par quelques hommes les femmes qui en avoient connu beaucoup d’autres, soit par l’espoir de connoître par elles de nouvelles manières de plaisir, soit par la vanité de leur en apprendre encore, et, souvent, par la supposition qu’une femme tant recherchée devoit, en effet, mériter de l’être ; et alors ils ont négligé la fraîcheur ; mais ces exemples, quoique assez fréquents dans nos mœurs, ne sont pourtant que des exceptions.
    Note de Ch. de L.