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IX

ODETTE

 
Quand tu vins à la vie, enfant débile et blême,
De tes maux à venir, hélas ! précoce emblème,
Ce doux lait dont chaque être en naissant est nourri,
A tes lèvres manqua, par les fièvres tari.
Que d’efforts et d’amour pour tromper la nature,
Pour te contraindre à vivre, ô frêle créature !
Pourquoi la Mort, brisant un fragile roseau,
Te faisant un linceul des langes du berceau,
A ton premier malheur, pourquoi la Mort amie
Ne t’a-t-elle en son sein pour jamais rendormie !
Que de rêves menteurs, que d’espoirs avortés
Dans la tombe avec toi sa main eût emportés !
Combien de fleurs sans fruits, d’espérances fanées
Dans leur germe avec toi sa faux eût moissonnées !
Était-ce bien t’aimer, ô pauvre être innocent,
Que des jours te forcer à subir le présent !…
Qui n’a vu parmi nous de ces natures frêles,
Anges tristes à qui l’on rêve encor des ailes,
Soit regret d’exilés pour leurs mondes meilleurs,