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LE DESTIN DES HOMMES

Est-ce que ça va finir par un mariage ? La fille le croyait sincèrement. À cette heure, elle s’imaginait avoir échappé à sa destinée. Elle était sortie de son désespoir, de son marasme, de son idée de pauvreté. Avec ce garçon-là, qui se faisait un gros revenu, elle pourrait faire une belle vie, se la couler douce. Raymond Lafleur lui-même paraissait s’acheminer vers les épousailles. Cela apparaissait comme le dénouement régulier et logique de leurs fréquentations.

À cette phase de leur idylle, Lucienne fit une autre connaissance. Son frère vint un jour faire un tour à la maison un dimanche, accompagné d’un de ses amis. Zénon Robillard était son nom et il était chauffeur de camion pour une grande compagnie de transport.

— Je lui ai dit que j’avais une sœur, déclara le jeune Lepeau, et il m’a répété à plusieurs reprises qu’il désirait te connaître. Je te l’ai amené. C’est un garçon qui veut se marier. Maintenant, conduis ta barque.

Le nouveau venu n’était pas beau et il était commun, vulgaire, ne possédait pas de manières et n’avait vraiment pas grand-chose pour plaire. Certes, il gagnait sa vie et il était en état de faire vivre une femme, mais il manquait décidément d’attraits et une jeune fille qui n’était pas trop pressée de se marier avait plus de chances d’attendre un peu pour en trouver un autre plus acceptable. Il passa toute la journée du dimanche à la maison. Par un heureux hasard, Raymond Lafleur, contrairement à son habitude, ne vint pas ce jour-là.

Lucienne parut créer une favorable impression sur le nouveau venu. Le soir, avant de partir, il demanda la permission de revenir lui rendre visite.

— Vous savez, déclara-t-il, je ne veux pas vous faire perdre votre temps. Moi, je veux me marier, fonder un foyer. Je crois que je vous aimerais si vous ne me repous-