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LE DESTIN DES HOMMES

elle exécutait des tours de force avec son mari, mais celui-ci était malade, incapable de laisser la maison. Alors, il s’agissait de le remplacer. Le besogne consistait à faire un bon tour, un seul. L’on offrait un prix à celui des spectateurs qui le réussirait à son tour. Naturellement, pour essayer et tenter de gagner la récompense, il fallait payer.

— Ce n’est pas difficile et il y a de l’argent à faire, ajouta la femme après avoir expliqué ce dont il s’agissait.

L’entente fut conclue sur le champ.

— L’exposition régionale des Trois-Rivières doit avoir lieu la semaine prochaine. Il faut nous rendre là immédiatement puis voir le secrétaire et obtenir le privilège de donner des démonstrations, annonça la femme qui avait l’expérience de ces sortes de choses.

Le mardi suivant, les deux associés se trouvaient au terrain de l’exposition qu’avait envahi une multitude de visiteurs. Urgel avait revêtu sa peau de léopard et il était chaussé de hautes bottines dorées. Mme Breton portait une courte robe rouge fort décolletée en avant et portait elle aussi de hautes bottines dorées. Près d’eux l’on voyait des poids sur le sol. Lorsqu’un groupe de curieux les entouraient, Urgel saisissait l’haltère nickelé qui reposait sur l’herbe, le soulevait un peu pour attirer l’attention du public puis, d’un puissant effort, d’un vigoureux élan, l’envoyait au bout du bras, au-dessus de sa tête. Après l’avoir tenu là un instant, il le remettait sur le sol. Prenant ensuite un billet de banque dans sa poche ; « Cinq piastres pour celui qui pourra faire la même chose, disait-il, en agitant le papier vert et le montrant à la ronde. C’est cinquante cents pour essayer votre chance. » Alors, un vaillant jeune homme se détachait du groupe des curieux, tendait une pièce de cinquante sous à Urgel, saisissait le poids nickelé et tentait de le mettre au bout du bras. À hauteur de l’é-