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LE DESTIN DES HOMMES

— Je n’ai pas parié, mais je suis presque certain que Ambassador va gagner.

Et l’homme s’éloigna. Les coursiers démarrèrent et, après une lutte dure, mouvementée et excitante, Ambassador battit son plus proche adversaire par une tête, sous le fil. Entre elles, les trois vieilles, qui avaient entendu le bref colloque de tout à l’heure, se disaient que l’inconnu connaissait son affaire. Il repassa dix minutes plus tard. Prenant le programme de la femme au chapeau rouge, il lui indiqua avec son crayon un nom sur la liste des partants dans la quatrième épreuve.

— Certain, certain ? interrogea la femme. Familièrement, elle avait saisi le bout de la cravate flottante de l’homme et l’attirait vers elle.

— Certain, fit-il en riant. On se reverra. Et il partit d’un autre côté. Un moment après, la femme au chapeau rouge se leva et se dirigea vers le guichet des billets de deux piastres. Si elles avaient eu le montant voulu, l’une des vieilles l’aurait suivie et aurait parié sur le même cheval qu’elle, mais il leur manquait cinquante sous. Quelques minutes plus tard, l’étrangère revenait s’asseoir sur le bout du banc. De nouveau, les chevaux démarrèrent. Les trois vieilles étaient bien malheureuses de n’avoir pu parier. Maintenant, après avoir contourné la piste, les pur sang entraient dans la ligne droite. Le numéro trois était en tête du peloton, vigoureusement aiguillonné par son jockey. La femme au chapeau rouge se leva et se mit à lui jeter des encouragements. Comme le cheval franchissait la ligne d’arrivée une longueur en avant de son adversaire le plus rapproché, la femme poussa une exclamation de triomphe.

— Vous gagnez ? demanda la vieille de soixante-seize ans.