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LE DESTIN DES HOMMES

— Oui, je l’ai rencontré chez le forgeron et il m’a invité à aller manger avec lui ce soir. Tu souperas seule pour une fois.

— Mais il fait une tempête épouvantable et ça n’a pas de bon sens de vous mettre en route par un temps pareil.

— J’ai promis. C’est à dix arpents. N’aie pas peur. Je me rendrai facilement et je reviendrai sans peine.

— Dans tous les cas, revenez de bonne heure.

Déjà le vieux était debout. Il endossa son paletot, enfonça sur ses oreilles son casque de loutre et fonça dans la bourrasque pendant que Zéphirine, restée à la maison, se disait que son père était fou de sortir par un temps pareil.

François et la bru Marceline firent un cordial accueil au vieux lorsqu’il arriva. Le repas était tout prêt. Avant de se mettre à table, François sortit de l’armoire une bouteille de whisky et remplit deux verres.

— Juste pour nous ouvrir l’appétit, dit-il. Ça fait longtemps que je n’en ai pas pris, mais ça me fait plaisir de boire avec vous. À votre santé.

L’on s’installa ensuite devant le rôti de porc frais et chacun mangea voracement. Lorsqu’on eut fini, le père alluma sa pipe.

— Un autre petit verre pour aider la digestion, fit François en remplissant de nouveau les verres.

Le vieux était maintenant de bonne humeur ; il avait pris un copieux repas et le whiskey circulait dans son système.

François se mit alors à parler de ses affaires qui allaient mal. Il avait bien besoin de cinq cents piastres, mais c’était difficile à trouver. Probablement qu’il serait en mesure de rendre la somme dans les six mois.

Le vieux demeurait muet.